Bases du « Zone System »

En 1939 et 1940, Ansel Adams et Fred R. Archer étudient les réponses optimales des films à l’exposition et au développement. Ils mettent au point un outil, le « Zone system », qu’Adams place au service d’une photographie interprétative.

Cet article se veut un clin d’oeil au maitre Américain :  je vais avoir la chance de suivre des ateliers avec deux des assistants d’Adams dans les prochaines semaines. Aussi, j’apporterai des précisions ou des modifications aux lignes qui suivent si nécessaire à mon retour !

Je lis actuellement l’excellent livre d’Ansel Adams, « The Negative ». Adams, en plus d’être un immense photographe, un technicien hors pair et un pianiste de talent, était un très bon pédagogue. Ses livres sont des mines d’or pour les photographes, amateurs et professionnels. Je ne cherche pas à faire ce qu’Adams fait mieux que moi, mais j’aimerais proposer un petit résumé qui permettra, je l’espère, de clarifier les choses pour les uns, et de piquer la curiosité des autres.

Principe

Le zone system est issu d’un constat : les scènes qui se présentent au photographe présentent simultanément des niveaux divers de luminance, des plus hautes lumières aux ombres les plus profondes. Un enjeu d’importance sera de pouvoir rendre l’ensemble ces luminances au niveau du tirage. Pour ce faire, le négatif doit contenir toutes les informations nécessaires.

Afin d’atteindre plus facilement l’image telle qu’il l’a visualisée, le photographe doit maitriser l’enregistrement des densités et des textures sur son négatif. Outre la filtration, deux variables entrent en ligne de compte :

  • L’exposition
  • Le développement

Pour un développement donné, il existe une quantité d’exposition limite en deçà duquel aucune information facilement tirable n’est exprimée sur le négatif. Moins le film est sensible, plus cette quantité de lumière est importante. Il s’agit évidemment d’appliquer une exposition suffisante pour qu’une densité minimale apparaisse sur le négatif au niveau des ombres.

Pour une exposition donnée, un développement plus ou moins long affectera marginalement la densité des zones d’ombre. Une faible quantité de molécules photosensibles y ont été illuminées, et la totalité des grains d’argent est formée après un court temps de révélation. A l’inverse, dans les hautes lumières, de très nombreuses particules ont été illuminées, et le développement complet prend plus de temps. Le temps de développement permettra donc de contrôler la densité des hautes lumières sur le négatif.

De ce constat est né l’adage : « Exposer pour les ombres, Développer pour les hautes lumières ».

Les Zones

Ansel Adams indique qu’un négatif noir et blanc présentant une gamme de densités qui s’étend sur 11 IL (indice de lumination, EV en anglais) peut être tiré sur du papier de contraste normal. Un tel négatif peut être librement interprété, l’augmentation ou la diminution du contraste étant aisée.

Ces 11 IL sont nommées « zones » et sont numérotées comme suit :

_______________0, I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X.________________

Densité négatif           Faible             Moyenne                Élevée

Sur le tirage                 Noir                   Gris                       Blanc

Adams estime que seules les zones I à IX constituent la « plage dynamique » (plage de densités utiles pour un tirage). Il précise que les textures ne sont réellement exploitables au tirage que si elles sont reproduites au sein de la « plage texturale » (Zone II à VIII).

Au moment de la prise de vue, l’usage d’un spotmètre s’impose. Il permet de mesurer les luminance pour des points très précis de la scène.

Comme toutes les cellules, le spotmètre « lit » la lumière comme si elle devait être représenté sur le tirage comme un gris neutre, qui correspond à la zone V. Il est de la responsabilité du photographe d’interpréter ces mesures.Ainsi, si l’on fait une mesure d’une ombre (noire), le spotmètre va proposer une exposition qui permettrait de faire paraitre cette ombre grise. Le photographe va alors devoir sous-exposer : il va déplacer sa mesure depuis la zone V, native, à une zone inférieure.

Le principe est donc de mesurer la luminance d’une ombre dense de la scène, et de la « placer » dans la zone souhaitée, en fonction de l’interprétation que l’on veut faire de la scène.

On mesure ensuite la luminance des hautes lumières de la scène, qui « tombe » dans une zone élevée. En effet, l’écart de luminance entre les basses et les hautes lumières est incompressible. Une fois les ombres « placées », les hautes lumières se retrouvent à « x » zones de plus.

Si la haute lumière tombe dans une zone trop grise par rapport au souhait du photographe, il s’agira d’augmenter le contraste en augmentant le temps de révélation. Adams nomme ce procédé l’ « expansion ».

Si la haute lumière tombe dans une zone trop claire, il faudra à l’inverse réduire le temps de développement pour contenir le contraste. Adams appelle cela la « contraction ».

Le photographe pourra ainsi obtenir un négatif conforme à la vision qu’il a eut de la scène, et qui contiendra l’ensemble des valeurs de densité et de texture souhaitées. Il est crucial, dans la démarche d’Adams, de considérer que le but n’est pas d’obtenir un négatif directement « tirable » sans manipulation en chambre noire, mais bien de produire le négatif adapté à l’interprétation de la scène voulue par le photographe.

Ainsi, le Zone system va de pair avec le concept de visualisation, par lequel le photographe imagine l’image qu’il va produire à partir de son sujet. Lors de la prise de vue, le photographe est appelé à faire des choix en fonction de la vision qu’il a de son sujet.

Si tel est son souhait, il peut créer une neige noire  ou un charbon gris clair. Le zone system n’est donc pas une technique de standardisation, ni une formule miracle qui va donner la bonne exposition, mais un outil au service de la créativité du photographe.


2 réflexions sur “Bases du « Zone System »

  1. Très intéressant — notamment sur les aspects de chimie/cinétique du développement, que l’on ne trouve pas (en général, d’après mon expérience) dans les résumés grand public du zone system — et pourtant qui expliquent tout… Du coup je me rends compte que je n’avais jamais compris le « system » ! Merci !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, c’est souvent assez peu expliqué. Du coup, la compréhension est difficile. Cependant, cet article reste une introduction et pas un guide complet, mais il permet d’en saisir les bases avant d’aller plus loin dans l’apprentissage du Zone System.

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